La Recette de Yasmine : Comment un Atelier a Réuni Toute une Famille Autour des Saveurs du Languedoc
À sept ans, Yasmine refusait de manger des légumes ; à neuf ans, elle prépare le dîner du vendredi pour toute sa famille — et sa grand-mère lui réclame ses recettes.
La première fois que Yasmine est arrivée dans notre atelier, elle avait sept ans, une tresse défaite et une opinion très arrêtée sur les légumes : elle n'en voulait pas. Les courgettes, c'était de la boue. Les tomates étaient trop molles. Les herbes sentaient bizarre. Sa mère, Samira, l'avait inscrite un peu par hasard, sur les conseils d'une voisine, espérant vaguement que la chose passerait. "Je ne m'attendais à rien de particulier," se souvient-elle. "Juste que ça l'occupe le mercredi matin."
Les deux premières séances furent laborieuses. Yasmine restait en retrait, participait du bout des doigts, demandait pourquoi on ne faisait pas de gâteau. Puis, lors de la troisième session — c'était début octobre, les paniers débordaient de courge butternut et de pommes de Clapiers — quelque chose se produisit. L'animatrice avait apporté un mortier et un pilon en pierre, et proposait aux enfants de broyer eux-mêmes les épices pour un tajine de légumes d'automne. Yasmine s'empara du pilon avec une énergie inattendue. "Elle a broyé pendant dix minutes sans s'arrêter," rit l'animatrice. "Les autres enfants lui demandaient de passer l'outil, mais elle voulait que les épices soient parfaitement réduites en poudre." Le tajine finit par sentir exactement comme elle voulait. Elle en mangea deux assiettes.
"Elle a broyé pendant dix minutes sans s'arrêter. Les autres enfants lui demandaient de passer l'outil, mais elle voulait que les épices soient parfaitement réduites en poudre."
— L'animatrice de l'atelier
Ce qui se produisit ensuite est le genre d'histoire que nos bénévoles aiment raconter lors des assemblées générales. Yasmine rentra chez elle ce mercredi-là avec la fiche recette du tajine et une idée fixe. Le vendredi suivant, elle demanda à sa mère de l'emmener au marché du Lez pour acheter les mêmes légumes. Samira, surprise, l'accompagna. Ensemble, elles choisirent une courge, des carottes, des pois chiches, et Yasmine négocia avec le vendeur d'épices pour trouver un ras-el-hanout pas trop fort, "parce que mon petit frère aime pas le piquant." De retour chez elles, sous la supervision attentive mais discrète de sa mère, elle reproduisit le plat à la maison. "Elle n'a presque pas eu besoin de moi," dit Samira. "Elle avait mémorisé les gestes. Elle savait exactement pourquoi elle faisait chaque chose."
Le marché du Lez
En atelier, octobre
La graine, puis l'assiette
Depuis cet épisode, le vendredi soir est devenu le dîner de Yasmine dans la famille. Chaque semaine, la jeune cuisinière — qui a maintenant neuf ans et en est à sa deuxième année d'atelier — choisit le menu, fait la liste des courses, et prépare un plat principal pour ses parents, son petit frère et, une fois par mois, ses grands-parents maternels qui habitent à Palavas-les-Flots. Sa grand-mère Fatima, qui a grandi au Maroc et cuisine depuis soixante ans, a commencé à lui demander ses recettes.
"Ça m'a beaucoup touchée," dit Samira. "Voir ma mère demander une recette à ma fille de neuf ans... Il y avait quelque chose de très beau là-dedans. Comme si la cuisine recréait un lien entre les générations dans l'autre sens."
"Voir ma mère demander une recette à ma fille de neuf ans... Comme si la cuisine recréait un lien entre les générations dans l'autre sens."
— Samira, mère de Yasmine
Dans nos ateliers, nous voyons régulièrement ce type de transfert s'opérer : un enfant qui rentre à la maison avec une technique, une recette, un vocabulaire culinaire nouveau, et qui transforme peu à peu les habitudes alimentaires de son entourage. Ce n'est pas un objectif affiché de notre programme — nous ne cherchons pas à corriger les pratiques des familles — mais c'est une conséquence naturelle et souvent émouvante de ce que nous faisons. Quand un enfant comprend d'où vient un légume, comment le choisir au marché, et comment le transformer en quelque chose de délicieux, il acquiert une autonomie réelle. Il ne subit plus l'alimentation industrielle par manque d'alternatives. Il a des outils concrets.
Yasmine, elle, a déjà un projet pour l'année prochaine. Elle veut apprendre à faire du pain. "Pas le pain en machine," précise-t-elle. "Le vrai, avec les mains." Nous avons prévu un atelier spécial boulange au mois de novembre, avec de la farine de petit épeautre d'un agriculteur de Saint-Guilhem-le-Désert. Elle a déjà réservé sa place. Et nous avons hâte.